Se souvenir et voter … le Changement !

Le peuple français est appelé, dans les prochains jours, à choisir son nouveau destin et à élire son nouveau président. Ce rendez-vous, entre un pays et son histoire, un homme et son peuple, est crucial et déterminant pour les cinq prochaines années. La situation sociopolitique, économique et environnementale du pays impose une nouvelle orientation de la famille France. Le rassemblement, l’espoir du sursaut et du redressement devant le défi auquel sera confronté le pays, au lendemain des élections, obligent le peuple à faire le choix de la justice, de l’égalité, de l’espérance et de l’alternance. Les cinq dernières années ont été épouvantables pour l’équilibre des relations sociales. Les citoyens ont été constamment opposés les uns aux autres et une partie de la population régulièrement stigmatisée. En tout cas, tout se passait comme s’il fallait, pour se donner une vigueur ou une force politique, jeter en pâture une partie de la population.
Toutefois, l’intérêt suprême de la nation entraîne souvent un rassemblement en faisceau de toutes les forces du pays. C’est pourquoi, quand il est question d’élire un Président, il ne faut pas aller à la recherche du soi-disant plus courageux, on choisit le plus sage, le plus constant et surtout le plus juste.
Avant de faire le geste citoyen, avant de voter, il va de soi que quelques discours emblématiques peuvent servir de repère. Le discours de Dakar peut aider l’expression du choix qui s’offre aux républicains, notamment ceux dont une partie de leur vie est liée au continent qui a connu, le plus, la colonisation. Cette « colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l'embryon d'une destinée commune ... La colonisation fut une faute qui a changée le destin de l'Europe et le destin de l'Afrique et qui les a mêlés. Et ce destin commun a été scellé par le sang des Africains qui sont venus mourir dans les guerres européennes. Et la France n'oublie pas ce sang africain versé pour sa liberté. Nul ne peut faire comme si rien n'était arrivé. Nul ne peut faire comme si cette faute n'avait pas été commise. Nul ne peut faire comme si cette histoire n'avait pas eu lieu. Pour le meilleur comme pour le pire, la colonisation a transformé l'Homme africain et l'Homme européen ». Malgré cette reconnaissance assumée dans un amphithéâtre rempli à craquer, face à des étudiants studieux et disposer à attendre la voix de la France, la voie du pays des Droits de l’Homme, la voie du Président Français, Nicolas Sarkozy, adepte de la « politique-spectacle » ne s’était pas donné la peine de stigmatiser, quelques lignes plus tard, l’Homme africain, le paysan africain : sur sa terre, devant ses enfants et ses élites. Dans l’enceinte d’une université qui porte le nom de l’un de ses illustres progénitures, le Pr. Cheik Anta Diop, le Président Nicolas Sarkozy concède que « Le drame de l'Afrique, c'est que l'Homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l'Homme échappe à l'angoisse de l'Histoire qui tenaille l'Homme moderne mais l'Homme reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout semble être écrit d'avance. Jamais l'Homme ne s'élance vers l'avenir». C’est dégradant, pour quelqu'un qui est chargé de porter la parole d’une grande nation comme la France, de transmettre sciemment des contre-vérités. Cette affirmation affligeante résume tous les clichés racistes et xénophobes véhiculés depuis des siècles.
En ces moments de renouvellement du contrat politique, rien n’est plus surprenant car, plus machiavéliquement que jamais, le « Prince » de l’Elysée ne se cache plus pour agiter la peur et inonder la campagne électorale des sous-entendus ou des envolées verbales qui font appel à ce discours de Dakar et à son « frère jumeau» de Grenoble. D’ailleurs il n’hésite plus à entretenir une politique de la terre brûlée.
On peut affirmer, en prenant le risque de se tromper, que le Président sortant ne connaît pas l’Afrique. Sinon, il n’aurait pas considéré qu’il n’est jamais venu à l’idée de l’Homme africain « de sortir de la répétition pour s'inventer un destin ». Le Président sortant ignore sciemment ou à défaut que l’Afrique s’étend d’Alexandrie en Egypte au Cap en Afrique du Sud et de Dakar au Sénégal à Nairobi au Kenya. Est-il besoin de rappeler que l’Egypte est le pays des pharaons et des pyramides ? Le Président Nicolas Sarkozy voulait-il parler uniquement de l’Afrique Noire, excluant de fait l’Afrique méditerranéenne ou le Maghreb ? L’envolée verbale, falsificatrice de l’histoire et peut-être civilisatrice de la prestation du président oublie par exemple que Nelson Mandela, homme africain, ancien prisonnier célèbre du régime de l’apartheid, n’a jamais stigmatisé une partie de sa population malgré tout ce qu’il a dû subir du fait de la politique ségrégationniste. Nelson Mandela a toujours eu la sagesse, la vision et les vertus du rassemblement. La réconciliation de son peuple dans la justice et l’égalité a guidé sa mandature à la tête de son pays. Pour approfondir les données véridiques, on peut aussi faire appel au feu Pr. Cheik Anta Diop. En effet, l’auteur de Nations Nègres et Culture, décrit le processus de falsification de l’histoire africaine en ces termes : « ... au moment où l'impérialisme atteint son apogée, dans les temps modernes, en tout cas au 19ème siècle, l'Occident découvre que c'est l'Égypte et une Égypte noire qui a apporté tous les éléments de la civilisation à l'Europe, et cette vérité il n'était pas possible de l'exprimer, voilà la réalité. L'Occident, qui se croyait charger d'une mission civilisatrice en direction de l'Afrique découvre, en fouillant dans le passé, que c'est précisément cette Afrique Noire, aujourd'hui son esclave, cette Afrique Noire apparemment en régression, c'est bel et bien cette Afrique noire qui lui a donné tous les éléments de la civilisation aussi extraordinaire que cela puisse paraître. Et cette vérité, tous les savants n'étaient pas également disposés à l'exprimer sans nuances…».
Outre Nelson Mandela le sud-africain et Cheik Anta Diop le sénégalais, on peut s’appesantir sur le présent pour dire que l’homme africain, le kenyan, a aussi donné aux Etats-Unis d’Amérique le 44ème Président de son Histoire : Barack Obama. Le Président américain, descendant de l’Homme africain, du paysan africain, se bat depuis son élection à la tête de la première puissance mondiale, pour instaurer un système de santé « juste et solidaire ». A contrario, ces dernières années dans notre pays, notre Président sortant n’a lésiné sur aucun moyen pour détricoter méticuleusement les acquis sociaux de la famille France.
Les discours de Dakar et Grenoble traduisent l’état d’esprit d’un autre âge voire d’un autre siècle. La rhétorique présidentielle semble oublier que parmi la majorité silencieuse qui tient le destin de la France entre ses mains, il y a aussi ceux qu’elle stigmatise et jette à la vindicte des extrémistes de droite. La situation nécessite une correction et un recadrage. L’élection présidentielle est par conséquent l’occasion démocratique donnée au peuple souverain d’exprimer son jugement des discours et des faits. Le temps du choix équivaut au temps du bilan. La France a t-elle besoin d’un « Prince » ou d’un homme d’Etat soucieux de préserver l’esprit de la Grande Histoire de France et du peuple français ? La France est aujourd’hui riche de sa diversité et unie par des valeurs fondamentales telles que la solidarité et la laïcité.
La France nouvelle, métissée et riche de sa diversité doit s’inscrire dans la dynamique du changement. Quelque soit notre place dans la société, nous devons considérer que l’alternance, source de la redynamisation de l’économie, aura besoin de nous. Cette approche doit être mise en œuvre comme une véritable cause nationale et que nous nous mobiliserions pour en assurer le succès. Nous allons changer d’époque, nous allons choisir une autre conception du vivre ensemble. Pour résumer, on dirait que, durant les cinq dernières années, nous avons assisté à une démolition en règle de notre cohésion sociale.
L’opinion nationale qui a adhérée massivement, selon les sondages, à la protection des droits de l’homme, à la reconnaissance des droits sociaux et politiques des étrangers légalement établis sur le territoire, est systématiquement matraquée par des arguments électoralistes afin de s’opposer à sa volonté. Pour autant, force est de constater que la participation des étrangers à la vie publique au niveau local est déjà proposée dans certaines villes telles que Strasbourg, Lille ou Grenoble (pour ne citer que celles-là ). Les mécanismes de participation proposés sont souples et progressifs, adaptés à la réalité de chacune des villes. Il s’agit de :
- mesures destinées à informer pleinement les résidents étrangers de leurs droits et de leurs devoirs civiques ;
- la création de conseils consultatifs ou d’autres mécanismes permettant aux résidents étrangers de faire valoir leurs points de vue au niveau des autorités locales ;
Pour donner un sens politique à cette citoyenneté de résidence qui s’exprime déjà dans nos communes, l’octroi aux étrangers remplissant les conditions de résidence spécifiques, du droit de vote et d’éligibilité au niveau local, est aujourd’hui l’une des avancées politiques qui nous est proposée, par les forces du changement pendant les campagnes électorales de cette année. La collectivité territoriale «reconnaît l’étranger résident non pas par une identité spécifique, mais par des droits et des devoirs qu’il partage avec les autres résidents de la commune».
Le moment est venu de réconcilier tous les citoyens, l’heure est venue de remettre les bases d’une république juste, égalitaire et solidaire. La reconnaissance politique ou la manifestation d’une volonté de prendre en compte une communauté de destin, au-delà de ses spécificités, impose au peuple de s’approprier du changement. Lequel changement doit redéfinir la cohésion sociale afin d’assurer un vivre ensemble dont les fondements ne pourront être que : la liberté, l’égalité et la fraternité.
Je crois notre pays capable de s’adapter à l’évolution de notre société et à sa diversité. Le peuple a été et reste un acteur politique incontournable qui saura se mobiliser en vue des prochaines échéances électorales afin de rester le seul à décider de son destin. Mais, plus et mieux encore, il est et il sera longtemps la conscience démocratique de la France. C’est dans cette certitude que je considère François Hollande plus cohérent, plus sage et mieux armer à rassembler la famille France, dans l’optique d’affronter le défi qu’impose le catastrophique héritage du Président sortant.
Alphonse GOUETH
Président délégué du Conseil Français de la Citoyenneté de Résidence
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